Après avoir inscrit un nouveau sommet historique, l’or entame la séance européenne de mardi en léger repli sous le seuil des 4 600 dollars. Ce mouvement ne traduit pas un retournement de tendance, mais plutôt une phase de stabilisation dans un marché toujours dominé par des forces haussières.
Le métal précieux reste solidement ancré dans une dynamique de fond favorable, portée par un cocktail d’incertitudes monétaires, de paris sur une baisse des taux et de risques géopolitiques persistants.
Le dollar reprend un peu de vigueur, sans convaincre
Le premier facteur expliquant cette respiration des prix vient du billet vert. Après un recul en début de semaine, le dollar tente un rebond technique. Comme l’or est libellé en devise américaine, ce mouvement exerce mécaniquement une pression baissière sur le XAU/USD.
Mais cette reprise du dollar reste fragile. Les marchés continuent de s’interroger sur la solidité institutionnelle de la Réserve fédérale. Des tensions politiques autour de Jerome Powell, évoquées dans le cadre d’une possible procédure judiciaire sous l’administration Trump, alimentent le doute sur l’indépendance de la banque centrale.
Dans ce contexte, le statut du dollar comme valeur refuge “stable” est partiellement remis en question. À l’inverse, l’or profite de cette perte de confiance et conserve son rôle d’actif de protection face aux incertitudes monétaires.
Les anticipations de baisse de taux soutiennent le métal précieux
Malgré un marché de l’emploi américain encore solide, les investisseurs continuent d’intégrer l’idée que la Fed pourrait assouplir sa politique monétaire au cours de l’année. Deux baisses de taux restent largement anticipées par les opérateurs.
Ce scénario est structurellement favorable à l’or. En l’absence de rendement, le métal jaune devient plus attractif lorsque les taux d’intérêt cessent de progresser ou s’orientent à la baisse. Le coût d’opportunité de sa détention diminue, ce qui tend à renforcer la demande, notamment du côté des investisseurs institutionnels.
Les tensions géopolitiques renforcent la demande de valeur refuge
Sur le front international, le climat reste tendu. Les relations avec l’Iran se sont dégradées après de nouvelles déclarations de Donald Trump, laissant entendre que plusieurs options sont à l’étude, y compris sur le plan militaire, en réponse à la répression de manifestations anti-gouvernementales.
À cela s’ajoute une dimension commerciale : toute nation poursuivant des échanges avec l’Iran pourrait se voir imposer une surtaxe de 25 % sur ses exportations vers les États-Unis.
Ce type d’annonce crée une triple zone de risque pour les marchés :
une montée des tensions géopolitiques,
un potentiel effet inflationniste via la hausse des coûts commerciaux,
un ralentissement possible du commerce mondial.
Dans ce contexte, l’or retrouve naturellement une place centrale dans les stratégies de couverture.
Inflation américaine : le prochain déclencheur du marché
Tous les regards se tournent désormais vers la publication de l’indice des prix à la consommation (CPI) aux États-Unis. Le consensus anticipe :
une hausse mensuelle de 0,3 %,
une inflation annuelle à 2,7 % pour l’indice global,
et également 2,7 % pour l’inflation sous-jacente, hors énergie et alimentation.
Une surprise, dans un sens comme dans l’autre, pourrait rapidement modifier les anticipations sur la prochaine décision de la Fed, influencer la trajectoire du dollar et raviver la volatilité sur l’or.
Cette attente explique l’attentisme actuel : les investisseurs préfèrent limiter leur exposition avant ce rendez-vous macroéconomique clé.
Lecture technique : une tendance toujours haussière
Sur le plan graphique, la structure reste clairement orientée à la hausse. Le cours évolue dans un canal ascendant initié autour de la zone des 3 920 dollars, avec une résistance technique située près de 4 656 dollars.
La moyenne mobile à 50 jours poursuit sa progression et agit comme un support dynamique, confirmant la présence d’acheteurs de fond.
Les indicateurs de momentum vont dans le même sens :
le MACD reste au-dessus de sa ligne de signal, en territoire positif,
l’histogramme s’améliore, signe d’un mouvement haussier toujours actif.
Seul point de vigilance : le RSI évolue autour de la zone de surachat, ce qui peut favoriser des phases de consolidation à court terme.
Les zones de support à surveiller
Le niveau technique clé se situe autour de la moyenne mobile à 50 jours, proche de 4 255 dollars. Tant que les prix restent au-dessus de ce seuil, les corrections sont généralement perçues comme des ajustements sains dans une tendance haussière plus large.
Pour de nombreux opérateurs, les replis techniques continuent d’être interprétés comme des opportunités d’entrée, plutôt que comme des signaux de retournement.
Marges sur l’or et l’argent : un facteur de volatilité supplémentaire
Un élément plus opérationnel vient s’ajouter au contexte : le CME modifie son système de marges sur l’or et l’argent à partir du 13 janvier. Le modèle basé sur un montant fixe est remplacé par une exigence proportionnelle au notionnel : 5 % pour l’or et 9 % pour l’argent.
Sur le marché de l’argent, cette évolution entraîne une hausse significative des fonds nécessaires pour ouvrir ou maintenir une position, avec une augmentation estimée à plusieurs milliers de dollars par contrat.
Historiquement, ce type de durcissement ne provoque pas systématiquement une baisse automatique des prix. La forte demande physique, la pression liée aux actifs refuges et l’anticipation déjà intégrée par le marché limitent souvent l’impact immédiat sur les cours.
Une dynamique toujours favorable à moyen terme
Le message envoyé par le marché reste cohérent :
le dollar peine à s’imposer durablement,
les attentes de baisse de taux persistent,
le contexte géopolitique continue d’alimenter la recherche de sécurité.
Dans cet environnement, l’or conserve un socle solide. Tant que ces facteurs restent en place, les phases de repli ont de fortes chances d’être vues comme des respirations techniques dans une tendance de fond toujours orientée à la hausse.



