Doropo, un nouveau point chaud sur la carte de l’or africain
Le nord-est de la Côte d’Ivoire s’impose désormais comme une zone stratégique pour l’industrie minière mondiale. À Doropo, localité frontalière longtemps restée discrète, les premières estimations font état d’un gisement dépassant les 100 tonnes d’or, soit plus de 3 millions d’onces. Des chiffres encore provisoires, mais suffisamment impressionnants pour repositionner la région parmi les zones aurifères les plus prometteuses du continent.
Cette découverte est le fruit de campagnes géoscientifiques de nouvelle génération, combinant levés aéroportés, analyses géophysiques et imagerie satellitaire. Ces outils ont permis de mettre en évidence des structures géologiques propices à une concentration exceptionnelle de minerai aurifère.
Un projet industriel structurant à l’horizon 2026
Un calendrier déjà engagé
Le développement du site est piloté par Resolute Mining, qui prévoit de lancer la phase de construction dès le début de l’année 2026. Le chantier devrait s’étaler sur environ deux ans, avant un démarrage progressif de la production industrielle.
Des investissements à long terme
L’enveloppe financière annoncée avoisine les 300 milliards de francs CFA. À régime nominal, la mine pourrait produire plus de 200 000 onces d’or par an, pour une durée d’exploitation estimée à près de vingt ans. Un horizon qui inscrit Doropo dans la catégorie des projets miniers structurants à l’échelle régionale.
Un contexte géologique particulièrement favorable
Le gisement de Doropo s’inscrit dans la célèbre ceinture de roches vertes d’Afrique de l’Ouest, connue pour héberger certains des plus grands complexes aurifères du continent. Les travaux récents ont révélé un maillage dense de failles et de fractures, typique des zones à forte minéralisation.
Ces caractéristiques expliquent l’intérêt soudain pour des territoires autrefois jugés secondaires, mais aujourd’hui réévalués à la lumière de données géologiques plus fine
L’ascension rapide de l’or ivoirien
En moins d’une décennie, la production aurifère ivoirienne a plus que doublé, passant d’environ 24 tonnes en 2015 à plus de 50 tonnes en 2023. Les autorités estiment désormais que le potentiel géologique du pays pourrait atteindre 600 tonnes. Le projet vient compléter d’autres pôles majeurs comme Koné ou Tanda. L’ambition affichée par l’État ivoirien est claire : atteindre une production annuelle proche de 100 tonnes d’or à l’horizon 2030, afin de renforcer la place du pays parmi les leaders aurifères africains.
Retombées économiques : un levier pour le Bounkani
Les projections associées au projet font état d’environ 3 000 emplois directs et jusqu’à 10 000 emplois indirects. Pour la région du Bounkani, ces perspectives pourraient transformer durablement le tissu économique local.
Sur la durée de vie de la mine, les recettes fiscales générées se chiffreraient en milliards de francs CFA, offrant à l’État des marges de manœuvre accrues pour financer infrastructures et services publics.
Une zone sensible sur le plan sécuritaire
Situé à moins de dix kilomètres de la frontière avec le Burkina Faso, le site de Doropo évolue dans un environnement sécuritaire fragile. Les autorités ivoiriennes voient dans ce projet industriel encadré un moyen de renforcer la présence institutionnelle et de contenir l’influence de réseaux armés liés à l’orpaillage illégal.
Toutefois, l’acceptation locale du projet dépendra fortement de l’accès réel à l’emploi, mais aussi de la gestion du foncier et des compensations accordées aux populations concernées.
Orpaillage artisanal : un équilibre à reconstruire
Avant l’arrivée des opérateurs industriels, l’extraction artisanale constituait une source de revenus complémentaire pour de nombreuses familles. L’extension des concessions minières a bouleversé cet équilibre, entraînant parfois expulsions ou restrictions d’accès.
L’intégration d’activités artisanales encadrées pourrait jouer un rôle clé dans l’acceptabilité sociale du projet et dans la prévention des tensions locales.
Un potentiel encore loin d’être épuisé
Les campagnes de forage n’ont, à ce stade, exploré qu’une partie du permis. Les réserves déjà identifiées dépassent les 4 millions d’onces, tandis que de nouvelles cibles géologiques continuent d’être analysées.
Les décisions prises autour du développement de Doropo ne façonneront pas seulement l’avenir du projet, mais orienteront durablement la politique minière ivoirienne et la place du pays sur l’échiquier aurifère mondial.



