Depuis plusieurs siècles, Paris et Londres se disputent leur influence sur les marchés financiers internationaux. Aujourd’hui, cette compétition prend un nouveau tournant avec l’initiative de la Banque de France visant à redonner à Paris un rôle central dans le commerce mondial de l’or, jusque-là largement dominé par la capitale britannique
Paris, un acteur qui renoue avec son passé glorieux
Jadis un pôle majeur du commerce aurifère, notamment au XIXe siècle avec la célèbre pièce en or Napoléon de 20 francs, Paris aspire à retrouver sa grandeur d’antan. Cette ambition se concrétise à travers un partenariat entre la Banque de France et JP Morgan, qui propose désormais des services de swaps, de locations de stocks et de dépôts en or pour les banques centrales. Jusqu’alors, ces services étaient exclusivement offerts à Londres.
Avec environ 2 435,4 tonnes d’or dans ses réserves, la France se positionne aujourd’hui comme le cinquième plus grand détenteur mondial d’or. Sylvie Goulard, gouverneur adjoint de la Banque de France, a souligné l’importance de ce nouveau positionnement en déclarant que Paris pourrait progressivement redevenir un marché clé pour l’or. Elle a publié cette analyse dans « Alchemist », le journal de la London Bullion Market Association (LBMA), marquant ainsi une véritable déclaration d’intention.
Une stratégie qui s’inscrit dans un contexte post-Brexit
Cette relance du marché parisien de l’or ne date pas d’hier. Les plans avaient été esquissés avant le référendum sur l’Union européenne, mais Emmanuel Macron a su saisir l’opportunité du Brexit pour accélérer la transition. Son objectif affiché est clair : faire de Paris la première place financière d’Europe.
Dans cette optique, la France a été particulièrement proactive pour attirer les institutions financières quittant Londres. La capitale française a déjà remporté le siège de l’Autorité bancaire européenne (EBA), et plusieurs banques de renom telles que JP Morgan et Bank of America ont annoncé le développement de leurs activités à Paris.
Bruno Le Maire, ministre français des Finances, a réaffirmé cet engagement en février dernier, mettant en avant la volonté de la France de jouer un rôle de premier plan dans la finance verte et dans l’innovation financière. Cette stratégie ambitieuse inclut également une amélioration du marché du travail, notamment par le biais de réformes sur l’enseignement et la formation professionnelle.
Une offensive qui porte ses fruits
Les efforts français ne sont pas passés inaperçus. Récemment, la banque d’investissement japonaise Nomura a envisagé de faire de Paris son centre névralgique du crédit en Europe, après une campagne de séduction menée par la France durant 18 mois.
Avec cette stratégie d’attraction des capitaux et des talents, Paris ne se contente pas de rivaliser avec Londres sur le commerce de l’or, mais cherche à établir un leadership global sur les marchés financiers européens. Une dynamique qui pourrait redessiner la cartographie économique du vieux continent.