L’or physique en plein essor face à la montée de l’inflation

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Le marché de l’or traverse une mutation profonde, marquée par un écart grandissant entre l’or papier et l’or physique. Autrefois, les investisseurs utilisaient les contrats à terme du COMEX pour miser sur l’or sans jamais le détenir. De son côté, le marché de Londres servait de plaque tournante pour les transactions sur l’or physique.

Un mécanisme appelé Exchange for Physical (EFP) permettait de profiter des différences de prix entre ces deux marchés. En achetant de l’or à Londres et en le revendant sous forme de contrats à terme aux États-Unis, les investisseurs pouvaient en changer la propriété sans déplacement physique. Mais ce système est désormais fragilisé.

Pourquoi l'arbitrage or papier-or physique ne fonctionne plus ?

Plusieurs facteurs expliquent cette évolution. D’une part, les contraintes logistiques compliquent le transport de l’or, augmentant les délais de livraison et restreignant l’accès aux stocks. D’autre part, la confiance envers les institutions financières occidentales s’effrite, particulièrement après la confiscation des réserves d’or russes en 2022. Face à ce risque, investisseurs et banques centrales préfèrent aujourd’hui posséder leur or physiquement plutôt que de dépendre d’intermédiaires.

De plus, la réglementation financière évolue. La financiarisation du marché de l’or a longtemps permis de créer de l’or papier en quantité, artificiellement gonflant l’offre et limitant la hausse des prix. Avec les règles de Bâle III, les banques doivent détenir des actifs tangibles en face de leurs positions en or, réduisant leur capacité à influencer le marché.

Un déplacement du pouvoir vers l'Est

Le monopole occidental sur l’or s’effrite, laissant place à de nouvelles places financières comme Shanghai (SGE). Parallèlement, les banques centrales des pays émergents accumulent de l’or hors du circuit financier traditionnel. Cette tendance renforce l’or physique en tant que valeur refuge face à l’instabilité économique.

Conséquence directe de ces changements : une probable revalorisation de l’or et de l’argent. La diminution du levier financier et l’importance croissante des marchés physiques redonnent à l’or son rôle premier : un actif dont la valeur repose davantage sur la demande réelle que sur les produits dérivés.

L'inflation réveille l'intérêt pour l'or

Ce retour en force de l’or intervient alors que l’inflation repart à la hausse. Aux États-Unis, les prix à la consommation ont grimpé de 0,5% en un mois, marquant la plus forte progression depuis août 2023. Les analystes anticipaient une baisse de l’inflation sous-jacente à 3,1%, mais elle a surpris en remontant à 3,3%.

Cette inflation persistante entraîne une hausse des taux obligataires américains à 10 ans, qui atteignent des niveaux inédits depuis plusieurs mois. Parallèlement, le déficit commercial des États-Unis s’est creusé fin 2024, atteignant 98,4 milliards de dollars en décembre. La forte augmentation des importations et la baisse des exportations renforcent les craintes d’une dégradation économique.

Une confrontation entre la Fed et la Maison-Blanche ?

Face à cette situation, la Réserve fédérale reste prudente sur une éventuelle baisse des taux, préférant lutter contre l’inflation. De son côté, Donald Trump pousse pour un assouplissement monétaire afin d’accompagner ses mesures protectionnistes. Ce bras de fer pourrait impacter la politique économique américaine et alimenter l’incertitude sur les marchés.

Dans ce contexte, l’or tire son épingle du jeu. En deux semaines et demie, l’once a bondi de 155 dollars pour dépasser les 2 900 dollars, atteignant un sommet historique. Pourtant, étrangement, les investisseurs occidentaux ne se précipitent pas sur l’or physique. Les réserves du fonds GLD ont même diminué de 16 tonnes, revenant à leur niveau d’août 2019, lorsque l’or s’échangeait autour de 1 500 dollars l’once.

La question reste ouverte : à quel prix ces investisseurs reviendront-ils sur le marché lorsqu’ils réaliseront l’opportunité manquée ?

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